Chers conférenciers et chers auditeurs,

 

Merci à vous tous d’être venus aujourd’hui. Je tiens d’abord à remercier l’Elan Retrouvé et son directeur monsieur François Géraud pour nous accueillir aujourd’hui et demain dans cette belle salle, et domicilier l’Institut Pierre Janet depuis 3 ans avec les excellents services de Valérie Wasziniak, secrétaire du directeur.

 

Ces journées Pierre Janet sont placées cette année sous le signe du succès. En effet, c’est la première fois que nous proposons plus d’une journée, et cela est dû à l’affluence des conférenciers qui se sont proposés d’intervenir. Il faut dire toutefois que notre objectif n’est pas la quantité mais la qualité, ce qui donc ne nous empêchera pas de revenir la prochaine fois à moins d’interventions si nécessaire ! Je voudrais dire au passage mon espoir que vous soyez tous présents également demain.

 

Je voudrais commencer par rappeler brièvement un aspect important pour la raison justement qu’il ne sera pas abordé dans les conférences cette année. Comme vous le savez sûrement tous, les travaux de Pierre Janet jouissent d’un extraordinaire regain d’intérêt en ce moment au sein de la psychiatrie et de la psychologie clinique internationales, à propos de la dissociation. C’est en effet Pierre Janet qui a le premier synthétisé et formalisé le diagnostic, le traitement et les propriétés psychologiques de l’hystérie. Cette maladie a été reconnue par le très janétien DSM-III dans les années 80, pour devenir les « troubles dissociatifs », les PTSD, les MPD et les borderline. Des organisations internationales et nationales soutiennent depuis peu une urgente prise en compte des observations cliniques et des modèles janétiens pour ces pathologies, comme l’ISSTD (International Society for the Study of Trauma and Dissociation), l’ESTD (European Society for the Study of Trauma and Dissociation), l’ALFEST (Association Francophone d’Etude du Stress Traumatique), en France le GEAMH (Groupement d’Etude des Applications Médicales de l’Hypnose) ou en Allemagne la Pierre-Janet-Gesellschaft e.V. La théorie de la Structural Dissociation de Van der Hart, Nijenhuis et Steele (Norton Ed., 2006), consultable dans cette salle, illustre au mieux tout ce que l’approche janétienne apporte actuellement aux interprétations psychologiques et aux traitements de pointe des patients dissociatifs. Vous trouverez dans les actes de nos conférences de l’an dernier, disponibles ici-même, plusieurs articles faisant état du vivant de ces recherches psychopathologiques.

 

Mais si on ne peut que se réjouir de cet élan international, il faut aussi rappeler avec Onno Van der Hart (revue Dissociation, 2004) que le renouveau d’engouement pour la psychopathologie janétienne ne peut s’accompagner harmonieusement que d’une redécouverte tout aussi féconde de sa psychologie théorique, laquelle sous-tend entièrement ses travaux thérapeutiques. En effet Pierre Janet considérait que les « Médications Psychologiques » étaient avisées dans la proportion qu’elles s’inspiraient directement des connaissances issues de la psychologie fondamentale.

 

Malheureusement, il y a un obstacle de nos jours à ce vœu de Pierre Janet d’une harmonieuse collaboration entre la psychologie, la psychiatrie et d’autres disciplines voisines : sa spécialité, la psychologie dynamique, est sortie de l’université et de la recherche publique, et elle ne peut donc plus inspirer ou compléter les travaux de psychologie sociale ou cognitive, les approches des neuro-sciences ou de la pharmacologie, du moins pas dans la recherche, où elle n’existe plus. Ejectée de la recherche, la psychologie dynamique s’en est trouvée aussi – de facto – de l’enseignement public, et n’est pas plus enseignée de nos jours aux psychologues qu’aux psychiatres.

 

Quelle était donc cette spécialité originale ? La psychologie dynamique (en général, mais celle de Pierre Janet en particulier) présente la remarquable caractéristique de répondre à des questions de bon sens, qui surgissent presque inévitablement à l’esprit de tous, et qui alimentent nos conversations les plus ordinaires : qu’est-ce qu’une émotion, un sentiment, une peur, une joie, qu’est-ce qu’une croyance, religieuse, « scientifique », comment caractériser la mémoire, en quoi la volonté se manifeste-t-elle dans les actes, quels rapports nos actions entretiennent-elles à nos pensées et paroles, et comment ces phénomènes et ces rapports sont-ils modifiés par la fatigue ou la force… Si Pierre Janet est à juste titre considéré comme un « aliéniste » de génie, c’est donc ici le lieu de souligner tout autant que l’aptitude de sa psychologie à répondre à ces questionnements intuitifs lui donne une considérable puissance pour interpréter les actes quotidiens de la vie ordinaire, un important – quoique ambitieux – objectif que ne peut que partager la recherche en psychologie.

 

Il n’existe plus de discipline universitaire cohérente et unifiée qui s’intéresse à nos peurs, nos joies, au rapport de nos actes à nos paroles, et à l’influence des oscillations de fatigue ou de force. Différentes spécialités de la psychologie s’attèlent à certaines de ces questions séparément, sans vue d’ensemble et surtout… bien souvent sans bibliographie sur les travaux déjà publiés au tournant du 20ème siècle. Ces journées justement ont pour objectif principal de démontrer en quoi nous avons encore besoin aujourd’hui de Pierre Janet, au cœur de la recherche universitaire la plus contemporaine, à la fois pour donner cohérence à des interrogations actuellement trop dispersées, et pour orienter la réflexion contemporaine, qui était bien plus avancée à l’époque que ce qu’on pense généralement.

 

J’ai parlé surtout de psychologie (normale et pathologique), parce que Pierre Janet était psychologue et se revendique tel. Mais pour conclure cette petite introduction et revenir plus spécialement à nos Journées Pierre Janet, il faut maintenant expliquer un paradoxe apparent. Vous écouterez aujourd’hui et demain beaucoup d’interventions qui ne relèvent pas de la psychologie expérimentale pratiquée dans la recherche, mais d’autres disciplines comme – entre autres – la philosophie, la linguistique ou la sociologie. La raison en est que les travaux de Pierre Janet ont pris place à une époque où ces disciplines étaient toutes naissantes (à une ou deux générations de chercheurs près) : elles se trouvaient donc par bien des aspects encore mêlées et pas du tout aussi bien séparées (d’aucuns diraient « cloisonnées ») qu’aujourd’hui. Autrement dit, en faisant œuvre de psychologue à l’époque où la psychologie s’individualisait encore à peine des autres branches du savoir qui deviendra bientôt les « sciences humaines », Pierre Janet a contribué également, parfois tout aussi profondément, à la source de notions fondamentales des autres grands domaines de recherche des « humanités ». N’était-il pas l’interlocuteur (ou le commentateur) des sociologues Tarde et Durkheim, des philosophes Fouillée et Bergson, de l’anthropologue Lévy-Bruhl, de l’éthologiste avant l’heure Wolfgang Kohler et j’en passe ?

 

De ce fait, l’intérêt des travaux de Pierre Janet dépasse les cadres de la psychologie et interpelle encore de nos jours quelques fondamentaux de disciplines voisines. C’est ce large éventail de l’actualité de Pierre Janet que tenteront de refléter – nécessairement de façon très partielle – ces journées Pierre Janet. Nous y entendrons de récentes précisions apportées par l’histoire et l’histoire de la philosophie sur des aspects trop méconnus des rapports de Pierre Janet à d’autres grands noms de la recherche de son temps comme Piaget, Jousse, James et les aliénistes de l’époque de Charcot. L’apport de Pierre Janet ou la pertinence de sa relecture seront soulignés dans le champ psychologique qui lui est naturel, mais aussi, de façon inédite à ma connaissance, dans des domaines où l’on n’a guère l’habitude de l’attendre, comme la linguistique énonciative, l’éducation physique et sportive ou la sociologie de l’individualisme.

 

J’espère ainsi que tout un chacun trouvera un thème qui l’intéresse. N’hésitez pas à poser des questions : la structure proposée est une intervention de 30 mn suivie de 15 mn de questions. Un débat général pourra prendre place en fin de journée. Je compte aussi sur votre présence renouvelée pour la journée de demain…

 

Je vous rappelle enfin que les actes de ces conférences seront publiés dans le Janetian Studies Spécial N°2. Nous l’offrons à nos adhérents, les autres peuvent le commander sur le site internet.

 

Je serais heureuse qu’un grand nombre d’entre vous reste à l’Assemblée Générale de 18h30 à 19h30 pour découvrir d’autres facettes de nos travaux et pourquoi pas, décider d’y participer en intégrant notre Conseil d’Administration, où il reste des fonctions disponibles à toute « bonne volonté » ! Je vous rappelle aussi qu’il y aura deux visites dimanche et que les inscriptions (sans coût supplémentaire) sont à effecteur aujourd’hui ou demain.

 

Je laisse maintenant la parole à Lucien O., dont le thème est pluridisciplinaire, ce qui le rendait difficile à placer au sein d’une session thématique, mais – comme j’espère vous me l’accorderez – idéal pour nous brosser un vaste panorama des plus adaptés en introduction générale. Je précise que Lucien termine en ce moment une monographie sur l’actualité de Janet, la première en France depuis 34 ans !! (1973, celle de Claude Prévost), qui sera bientôt disponible par commande sur le site de l’Institut Pierre Janet.

I. Saillot - 1er juin 2007.