« SYMPOSIUM PIERRE JANET »

Titre du Symposium Pierre Janet : Pierre Janet, repères historiques et actualité pour la recherche contemporaine.

Coordinatrice de la session :  Isabelle SAILLOT, saillot@pierre-janet.com

Institut Pierre Janet (23 rue de La Rochefoucauld – 75009 PARIS)

 

 

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L’« ARISTOCRATIE ALIÉNISTE » FACE AU DISCIPLE DE CHARCOT : UNE « NOUVELLE CROISÉE DES CHEMINS » POUR PIERRE JANET AU DÉBUT DES ANNÉES 1890 ?

 
Frédéric CARBONEL

 
 

                En 1950 dans Quelques notes sur sa vie, Hélène Pichon-Janet rapportait sur son père : « les séances de l’Académie des Sciences Morales, de la Société Médico-Psychologique étaient de bonnes occasions de contacts sociaux et intellectuels qu’il recherchait avec plaisir ».

                Cependant l’entrée au sein des cercles restreints des Sociétés Savantes parisiennes fut à différents moments en cette fin du XIXe siècle plus difficile qu’il pouvait être prévisible à première vue. Ainsi, quatre mois après avoir brillamment soutenu sa thèse de médecine et trois mois après le décès de Charcot, Pierre Janet se présenta une première fois en novembre 1893 pour être élu membre titulaire de la doyenne des sociétés de psychiatrie et de psychologie française : la Société Médico-Psychologique (créée officiellement au début du Second Empire en 1852 mais reconnue d’utilité publique bien plus tard…).

                En novembre 1893, quatre places de titulaires seulement sont vacantes à la Société Médico-Psychologique. Or, il y a 7 candidats à ces fonctions. Finalement, face à d’« illustres » inconnus Pierre Janet n’est pas élu. Accident de parcours ou premier échec dans l’ascension exceptionnelle de Pierre Janet depuis quelques années ? Voilà qui pourrait fort bien ressembler aux effets d’une querelle d’écoles voire à une vraie lutte d’influences. Une hypothèse sans doute bien vraisemblable.

En effet, la mort de Charcot est encore dans tous les esprits et la Société Médico-Psychologique participe la même année à dresser le buste du « maître de la Salpêtrière ». Janet serait-il le seul héritier de la célèbre école ? Serait-il assez digne d’en être l’unique représentant ? Plus grave, Charcot s’est toujours méfié des aliénistes qui n’ont pas manqué de lui renvoyer en plusieurs occasions ce reproche. Il n’a d’ailleurs jamais demandé son élection à cette société jugée trop professionnelle à son goût. Pourquoi en serait-il subitement différent pour Pierre Janet ?

                Pour les aliénistes parisiens en 1893, Pierre Janet est un outsider sorti de la Salpêtrière mais qui n’a que trop peu exercé la médecine…et surtout la « médecine aliéniste ».

                Pierre Janet pourra finalement être élu deux années plus tard à la Société Médico-Psychologique alors qu’il commence à suppléer les cours de Théodule Ribot, professeur de psychologie expérimentale et comparée, au Collège de France. Pourquoi l’adhésion de Pierre Janet à la Société Médico-Psychologique n’était-elle pas gagnée au début des années 1890 ? En revanche, en quoi son élection à l’intérieur de cette société savante devenait-elle indispensable à la poursuite de sa carrière ?

                Tenter de répondre à ces interrogations dans leur contexte intellectuel, culturel et historique permettra de mieux situer le parcours de Pierre Janet en ces années non dénuées d’embûches. Dans le même temps cela nous permettra d’éclairer, par comparaison et avec un regard neuf, l’autorité que pouvait encore exercer son oncle Paul Janet, y compris à l’occasion de cette nouvelle  croisée des chemins.

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L’APPORT DE PIERRE JANET POUR ÉTUDIER LE RAPPORT ENTRE PSYCHOLOGIE, SOCIOLOGIE ET SCIENCE POLITIQUE.

Lucien OULAHBIB

 

Á la différence de la  psychologie freudienne, la psychologie janétienne (fondée par Pierre Janet en 1885) ne base pas tous les troubles psychiques sur un traumatisme sexuel refoulé, non pas parce que cela n’existerait pas ou que l’idée même en serait inconvenante selon certains critères moraux, ou encore que la suprématie d’un facteur sur tous les autres serait par trop unilatéral, mais bien plutôt parce que c’est tout d’abord l’idée même du traumatisme qu’il s’agit de considérer, (en ce sens son école continue celle de Charcot alors que Freud s’en détache).

C’est que Janet avait principalement mis l’accent sur la relation entre action effort personnalité, parce que ces trois éléments se tiennent et s’entretiennent. Cette relation se double néanmoins d’une crainte de l’action elle-même, -surtout lorsqu’elle s’avère trop transformatrice, (comme le faisait remarquer à Janet l’écrivain Raymond Roussel, alias Martial). D’où parfois l’angoisse, la fatigue prématurée, ou à l’opposé la frénésie de l’agitation à l’annonce pourtant d’une bonne nouvelle, celle d’une action qui nous a été confiée, le tout débouchant sur ces oscillations où alternent euphorie et dépression.

La crainte d'atteindre la plénitude d'action, pourtant désirée, peut  avoir diverses raisons ; leurs causes n’ont cependant pas à être seulement réduites systématiquement à certaines données affectives ; parce qu’il se peut qu’il ne s’agisse pas, nécessairement, que de traumatisme, a fortiori infantile, ou d’interdits, mais, aussi d’éducation, d’apprentissage, de mal formation, et ce surtout, peut-être : par exemple lorsque cette crainte ne s’avère pas systématique ou s’avère compréhensible du fait d’une action exceptionnelle à réaliser, comme prendre la parole devant une foule, diriger une grande entreprise, une nation. La difficulté d’y arriver ne peut à l’évidence se cantonner au seul fait du traumatisme infantile…

 

Il s’agit dans ce cas d’orienter l’analyse causale plutôt vers la baisse de la tension psychologique parce qu’elle semble plus fructueuse pour expliquer le symptôme sans doute le plus crucial : la difficulté à agir, de (faire) surgir du réel, accompagnés de ces diverses dérivations qui permettent ou, du moins, signalent la nécessité de compenser.

La psychologie janétienne diagnostiquera alors ceci : l’obsession systématique ou névrose qui peut en résulter désigne une difficulté à agir en pleine confiance, d’où la régression vers des formes antérieures d’appréhension de soi.

La thérapie consistera à faire croire à nouveau en sa force d’action par la reconstitution du sentiment de l’effort et la capacité à en hiérarchiser les priorités. Ce qui implique de distinguer non seulement le réel et l’imaginaire, mais aussi le subconscient de l’inconscient : le premier terme désigne l’existence de motivations ou tendances multiples dont l’ensemble forme le Moi (ou Synthèse) et le fait que chacune veut avoir le privilège de conduire l’action, ce qui ne va pas sans conflit qui se manifeste par des incohérences, des actions en sourdine (parfois bénéfiques comme certaines rêveries), ou alors non voulues consciemment comme les maladresses et les distractions.

L’inconscient désigne, lui, le fait que le conflit entre les motivations ne se trouve pas surmonté. Une synthèse s’avère impossible entre le jeu du subconscient, où coexistent toutes les tendances, et le conscient qui doit les hiérarchiser :

 

Il y aurait, je crois, toute une étude psychologique des plus curieuses à faire sur cette rêverie intérieure et continuelle qui joue chez beaucoup d’hommes un rôle considérable. On pourrait étudier le contenu de ces rêveries ; on y verrait quelquefois de curieux travaux psychologiques qui s’effectuent en nous à notre insu. C’est grâce à ce travail subconscient que nous trouvons tout résolus des problèmes que peu de temps auparavant nous ne comprenions pas.

 

Le conflit entre les tendances s’aggrave de telle façon que des symptômes apparaissent et affichent des tics et des tremblements sans que le sujet n’en ait aucune conscience, jusqu’à rendre insensible une partie de lui-même (micro paralysies), qu’il s’agisse d’un organe ou d’un sentiment, ou comme ces gens qui se mettent à parler fort en permanence comme s’ils étaient hantés par plusieurs personnalités, ce que Janet nomme la dissociation.

Il sera donc question dans cet Atelier d’approfondir certaines notions centrales à partir de leur acception janétienne : comme effort, synthèse, réel (asséritif, réfléchi…), logique, non logique, stade, raison, sentiment, émotion, subconscience, inconscience, névrose, hystérie, psychasthénie, dérivation, dissociation, traitement moral, médication, analyse… Il s’agira aussi de les situer épistémologiquement à l’époque de leur élaboration et également de les confronter avec ce que l’on peut en déduire actuellement en fonction de divers travaux contemporains.

L’approche s’effectuera sous deux modes : l’un, expérimental, partira d’exemples pathologiques (sentiment du vide, obsession, psychasthénie…) analysés par Pierre Janet pour illustrer ces divers concepts ; l’autre, conceptuel, tentera comme il a été énoncé plus haut, de préciser leur contenu synchroniquement et diachroniquement. L’ensemble sera comparé aux démarches freudiennes et cognitivistes.

 

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CORPS, AFFECTS ET SENTIMENTS SELON PIERRE JANET : ÉTUDE DES CONDUITES ACROBATIQUES CHEZ L’ENFANT EN ÉDUCATION PHYSIQUE

Myriam PEIGNIST

A partir d’une observation des expériences acrobatiques et vertigineuses chez l’enfant (escalade, escalarbre, danse-voltige, cirque) dans le cadre d’ateliers pédagogiques ouverts en éducation physique, favorisés par l’aménagement d’un environnement permissif et ludique, nous avons cherché à mieux comprendre, d’un point de vue clinique, la dynamique des rythmes gestuels pour tenter de les accompagner judicieusement dans ce cadre éducatif, l’efficience technique ne pouvant se départir de ses attributs psychologiques fortement impliqués. Paradoxalement plutôt que d’observer les déplacements moteurs globaux quantitatifs (l’action ne donnant pas tout d’elle-même quand on se borne à la penser dans sa sécheresse motrice) nous nous sommes attachés aux moments de détails qualitatifs qui donnent le rythme des conduites et impliquent des changements, c'est-à-dire des ralentissements, des arrêts distractif ou dépressif, des freinages ou accélérations. A partir du mot « acrobate » Balint en déduit des conduites liées à « l’ocnophilie » (accrochage) et au « philobatisme » (conquête d’espace libres) qui peuvent s’alterner selon des exigences d’équilibre dynamique. Ces moments de passage se sont révélés très instructifs, parce qu’étant les plus chargés d’intensité affective et spécifiquement déclencheurs d’enjeux corporels.

La notion de conduite introduite par Pierre Janet (1926) et argumentée par Claude Prévost (1973-1994) permet notamment de mieux observer et de mieux comprendre la dynamique affective à l’œuvre dans ce genre de manifestation. Pour Claude Prévost, la notion de « conduite » contient des particularités motrices, cognitives, affectives, sociales et culturelles entremêlées dans une architectonie dynamique. Tout spécifiquement, Janet insiste sur « les études qui dans le sentiment cherche à comprendre le détail de l’action ». « C’est dans cette voie, je crois, qu’il faudra orienter vos recherches » déclare-t-il. En effet, la part affective des conduites intervient de façon marquante, visible et pratique dans l’ensemble de la corporéité. La part cognitive paraît à  cet égard moins démonstrative.

 L’affectivité met donc en visibilité l’expérience fine qui rythme la corporéité et se manifeste par des évènements menus qui sont autant d’intermédiaires au sein de la conduite globale. Elle accompagne la conduite, lui donne une teinte, une coloration spéciale. Ce sont des micro-changements, des oscillations de conduites qui sont donc en opposition avec la stabilisation, c’est à dire des détails de l’action qui expriment des irrégularités, des accents de la conduite.

Tandis que les crises émotives sont brèves, incontrôlables et désorganisatrices, la tonalité sentimentale permet un raffinement dynamique de la conduite qui imprègne et précise la corporéité sur un mode de plus en plus ajusté. Par exemple la description d’un déplacement qui va d’un point X à un point G donne une vison globale d’une distance parcourue, en revanche telle marche, telle ascension ou telle danse, etc., peuvent être réalisées selon un rythme affectif  plus subtil : on peut courir ou marcher en étant joyeux ou triste, étant tendu ou relâché, en transpirant beaucoup ou très peu, en manifestant un effort grimaçant ou une aisance joviale, en étant  élancé ou renfrogné…Ces variations se manifestent certes par des expressions du visage et du regard, mais aussi par des postures corporelles très prégnantes dans les activités physiques (corps tendu, crispé ou bien délié, gagnant en amplitude et souplesse ; poings ouverts ou fermés, prises de mains et de pieds ajustées ou maladroites, corps équilibré ou déséquilibré, placé ou maladroit…).

Ainsi, pour Janet, il existe des sentiments fondamentaux (l’amour, la haine, l’effort, la fatigue, la tristesse, la joie) qui sont des régulations internes qui s’extériorisent dans l’action : L’amour et la haine (sympathie/antipathie) se manifestent par des attirances ou des répulsions, par des rapprochements ou des éloignements d’objets, d’espaces ou de personnes. L’effort a un rôle accélérateur, augmente la force et crée un état de pression. La fatigue évite l’épuisement, diminue la vitesse dans une réaction de freinage, d’inaction morose ou de repos. Dans l’échec, lié au sentiment de tristesse, l’action échoue, elle s’arrête mais la personne doit inventer une autre action : il s’agit en fait d’un état de suspension de l’action. La joie  qui amène le résultat désiré, associée au triomphe provoque un arrêt et un « gaspillage », caractéristique de l’état d’élation. Notre observation a donc pu prendre sens en se traduisant en terme de sentiments. 

En dehors de notre contexte particulier d’observation, les sentiments et leur incidence sur les gestualités sont un outil d’observation, à la fois anthropologique et psychologique, de meilleure compréhension des gestes quotidiens mais aussi, plus spécifiquement des actions investies dans le cadre de l’EPS (Education Physique et Sportive), de l’entraînement sportif et des pratiques corporelles, qui pour ainsi dire, accentuent de façon paroxystique ce genre de manifestations, le plus souvent proportionnellement à l’enjeu de l’investissement corporel.      

Dans le dépouillement des faits de conduite qui sont des faits de corps, l’accueil fait à l’observation des affects et tout particulièrement des sentiments - véritables « saillants du corps » les plus marqués des conduites -, reste trop négligés, notamment sur le terrain de l’éducation physique ou prédominent - malgré quelques exceptions- les modèles et représentations didactique, cognitive, physiologique, énergétique, techniciste…. Les accompagnements affectifs paraissent minorés ou subsidiaires, alors que, selon notre constat, ils s’avèrent être investis de façon dominante comme déterminants des gestualités à prépondérance corporelles. Nous donnerons des exemples de leur utilité pratique.



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 LA HIÉRARCHIE DES TENDANCES DE PIERRE JANET ET SA CONFRONTATION A QUELQUES EXPÉRIMENTATIONS PSYCHOLOGIQUES RÉCENTES

Isabelle SAILLOT

 
Pierre Janet (1859 – 1947) reste assez connu, de nos jours, pour sa fameuse hiérarchie des actions, ou des tendances. Nous rappellerons brièvement ici en quoi elle consiste, et évoquerons quelques exemples de l’intérêt qu’elle pourrait présenter pour la recherche actuelle en psychologie.

Dans sa thèse de psychologie philosophique en 1889, Janet entreprend de révolutionner les hiérarchies des facultés de l’âme : volonté, action, sentiment, raison. Plaçant l’action à la source de tout phénomène psychologique, chaque degré de sa hiérarchie associe l’acte à une combinaison des anciennes facultés mentales. Cette redistribution inédite du couple indissociable action-idée est ce qu’il appelle une « conduite », qui la différentie à la fois du comportement béhavioriste (sans idées) et du psychologisme philosophique où l’idée au contraire était reine : causale sur l’acte, et pouvant exister sans lui. La hiérarchie établit des degrés de facilité de l’action :

1) Lors des actions élémentaires, la raison est une simple idée, le mouvement traduit sans intermédiaire l’idée idéo-motrice, la volonté n’existe pas, le sentiment est un mouvement de fuite ou d’approche. On rencontre à ce niveau les réflexes, sensations, perceptions, les rêves.

2) Lors des actions moyennes, la raison est un ensemble d’idées incluant des rapports (jugements) simples, le mouvement s’effectue par sélection d’une idée, la volonté, comme la croyance, sont soit immédiates, soit une délibération, le sentiment est une régulation de l’action. On rencontre à ce niveau les distractions, les habitudes, et les variétés de conduites simples.

3) Lors des actions complexes, la raison est jugement, logique, morale, le mouvement, la volonté et la croyance sont acquis par réflexion, le sentiment, conduite et régulation de l’action, se combine en une infinie variété et peut aussi être prise de conscience.

A chaque degré de facilité de l’action correspond un capital de force nécessaire. Une transition d’un état de force à un état de force moindre, et l’état de force moindre qui la suit est ce que Janet appelle une psycholepsie, ou fatigue. Par ailleurs, sur la hiérarchie de Pierre Janet, l’idée, le raisonnement et la parole à propos d’une action, sont des conduites plus faciles – moins coûteuses en force – que l’action réelle (des membres), efficace sur la réalité extérieure, et l’action empêchée au niveau des membres va se développer au niveau des idées. Ces lois dynamiques simples ont d’importantes conséquences pour la compréhension de certains états de force, de faiblesse, et leurs transitions, et quelques expériences légitimement célèbres de psychologie cognitive et sociale trouveraient ici d’intéressants compléments d’interprétation. 

1) Transition de moindre force 

Les sujets de Zuckerman (1975), étudiants, font leurs activités caritatives dans l’année quand ils croient peu en « un monde juste », et plutôt en pleine période d’examens (!) quand ils croient assez en « un monde juste ». Dans le cadre des programmes BJW, les interprétations font surtout appel à la vision du monde des sujets. On pourrait toutefois ajouter que les examens ont pour effet de fatiguer les sujets. Or, en provoquant une chute dans la hiérarchie, la fatigue altère les actions, ce qui à son tour augmente les ruminations : les sujets les moins actifs/optimistes tombent dans une psychasténie immobilisante, et les plus actifs/optimistes deviennent plus sensibles aux injustices, engageant alors des activités caritatives… en pleins examens.

2) Etat de force insuffisante   

Pour que le langage (action assez facile) puisse correspondre aux actes (parfois difficiles), encore faut-il pouvoir effectuer ces actes. De légères insuffisances d’action, ordinaires et fréquentes, et inversement la facilité de l’acte de parole, sur la hiérarchie, rendent compte en psychologie dynamique janétienne, que bien souvent, le langage ordinaire (hors pathologie) se rapporte à des actes impossibles. C’est ce que Pierre Janet appelle le « langage inconsistant ». Un rapprochement des plus fructueux reste à fait entre le « langage inconsistant » et la moderne « dissonance cognitive », qui par bien des aspects se rapproche de problématiques janétiennes, parmi lesquelles : prévalence du phénomène dans la population statistique, généralisation de sa « réduction », sentiments d’« estime de soi », et surtout,  « soumission à une autorité », perçue ou réelle (expérience de Milgram). Cette comparaison suggère de nouvelles expérimentations sur les liens entre la dissonance et la fatigue, ce qui ne semble pas avoir encore été entrepris systématiquement.



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WILLIAM JAMES ET PIERRE JANET : INFLUENCES CROISÉES

Thibaud TROCHU

L’exploration de la récente édition des œuvres complètes et de la correspondance du philosophe américain permet de mettre à jour les nombreux dialogues scientifiques qu’il eût avec ses contemporains de part et d’autre de l’Atlantique.

Depuis la France, on connaît surtout William James comme l’instigateur du mouvement pragmatiste ; on connaît aussi certaines de ses théories psychologiques sur l’émotion ou sur le « courant de conscience », du fait de la traduction en 1903 par Georges Dumas du Précis de Psychologie, plusieurs fois réédité depuis.

Mais on connaît plus rarement sa psychologie descriptive de l’expérience religieuse et encore moins son implication jamais démentie dans les investigations psychopathologiques, dans la psychologie des anormaux et en psychiatrie.

Pourtant ce champ d’investigations psychologiques et cliniques peut être considéré comme un lien conceptuel important entre ses deux ouvrages fondamentaux (jamais convenablement ni entièrement traduits en Français) The Principles of Psychology (1890) et The Varieties of Religious Experience (1902).

C’est ici, au regard des investigations psychopathologiques qu’a conduite James, que la rencontre avec Pierre Janet et la lecture de ses écrits prennent une importance significative. Car James créditait Janet d’une découverte psychologique fondamentale : celle d’une « région subconsciente », que le philosophe américain utilisera avec profit pour lui aussi constituer une psychologie dynamique du « subconscient ».

Il s’agira donc d’exposer la façon dont James a lu Janet, dès la fin des années 1880 (notamment les expérimentations et les articles qui conduiront à la publication de l’Automatisme psychologiques, 1889) et la façon dont son œuvre l’a influencé - toutes proportions gardées.

Il existe une correspondance entre James et Janet que l’on pourrait peut-être reconstituer. En tout cas, les premières lettres de Janet à James sont éditées dans l’édition américaine de la correspondance de James. Ces lettres peuvent nous aider à comprendre l’amorce du dialogue entre les deux penseurs.

Nous souhaiterions donc procéder à un début de reconstitution de ce dialogue en proposant un certain nombre d’éléments bibliographiques pour l’éclairer ; d’autant plus qu’il commence sur un point de désaccord qu’il faudra analyser ; à la manière de deux pensées coalescentes où percent toutefois deux cultures différentes.

 

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