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COMMENTAIRES DU MAGAZINE SCIENCES HUMAINES du point de vue de la psychologie dynamique de Pierre Janet

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Numéro spécial septembre-octobre 2008, « La grande histoire de la psychologie »

Le principal intérêt de ce numéro spécial de Sciences Humaines est de se concentrer sur les concepts psychologiques, laissant de côté l’histoire institutionnelle de la discipline : il fourmille donc d’idées vivifiantes sur le psychisme, propres à inspirer aussi bien le non spécialiste que le chercheur. Les lecteurs devront néanmoins avoir à l’esprit un inconvénient de ce parti pris éditorial : l’histoire de la psychologie y est présentée comme une vaste arène de « génies » tous en désaccord, la psychologie une collection d’écoles rivales rencontrant aléatoirement l’engouement puis le déclin. Quoique chaque article soit intéressant, la vue d’ensemble que procure le numéro, elle, est propre à induire de notoires distorsions de la réalité historique et actuelle.

Le numéro reconduit une intuition courante du public non spécialiste que distille l’essor de la                 « psychologie » médiatisée, celle des magazines, livres, émissions, stages de développement personnel, « coaching » et psychothérapies. Cette « psychologie » est celle du secteur privé, associatif et commercial : sur ce marché comme sur celui des autres produits, effectivement les écoles sont rivales, leur mode est proportionnelle à leur marketing, et elles se multiplient par les schismes qu’entraînent l’exclusion de disciples devenus dissidents dès qu’ils critiquent. Mais il existe aussi une autre psychologie, bien plus confidentielle : la psychologie expérimentale pratiquée dans le secteur public c’est-à-dire dans la recherche. Ici, la production des savoirs relève d’un processus dont l’essence est la publication d’expérimentations dans des revues spécialisées indépendantes à comité de lecture. C’est une portion de ces travaux critiques évalués qui constitue l’enseignement universitaire et à proprement parler, le seul « savoir » psychologique consensuel. En présentant pêle-mêle des chercheurs et des leaders associatifs, des savoirs et des succès de librairie, des programmes de recherche internationaux et des visions du monde portées par des associations, le numéro spécial de Sciences Humaines éradique cette distinction.

La production des connaissances étant présentée ici sur le mode du seul secteur privé par génies et écoles isolés, l’objet même de la psychologie n’apparaît plus clairement. Tandis que hors recherche, les idées se portent vers autant de phénomènes que d’écoles, dans la recherche les investigations, au laboratoire comme sur le terrain, portent sur les compétences mesurables et les comportements observables. Ainsi que le rappelait J.F. Richard en 1991, les compétences sont une évolution historique de ce qu’on appelait jadis les « facultés », dont la classification a fondé les champs de la psychologie cognitive la plus actuelle : la « raison » s’est diversifiée en intelligence, résolution de problèmes ou catégorisation, la « sensibilité » en perceptions et émotions, l’« activité » en motricité, représentations spatiales et motivation. De nombreux domaines d’études nouveaux sont venus s’agréger à ces spécialités fondatrices incluant maintenant, par exemple, la psychologie sociale, différentielle ou développementale, et un pan entier de la recherche internationale consiste à réfléchir sur la mesure elle-même – point crucial de toute discipline expérimentale – c’est-à-dire les « tests ». Ces évolutions et diversifications historiques – invisibles dans ce numéro – illustrent rien moins que la nature de la quête psychologique et sa cohérence durable, aspects trop souvent ignorés qui mériteraient une urgente vulgarisation. En présentant toute la psychologie comme un panier à crabes secoué par des modes, c’est l’unité même de la psychologie comme discipline qu’on efface.

Dans un temps où la psychologie reste l’un des seuls vastes domaines de la recherche publique exclus de l’enseignement dans le secondaire, ce type de vulgarisation renforce la confusion d’esprits assaillis des sollicitations « psy » quotidiennes du privé, à qui on n’a donné aucun moyen critique de les distinguer des savoirs expérimentaux produits et évalués par les chercheurs, au laboratoire ou sur le terrain… avec tous les dangers sociétaux, déontologiques et de santé publique qui en découlent.
Isabelle Saillot, IPJ.

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